Élections européennes : quels partis en lice ?

Élections européennes : quels partis en lice ?

La nouvelle situation géopolitique provoquée par l’entrée des armées russes en Crimée a changé le discours de certains partis politiques pendant la campagne électorale pour les élections européennes de ce printemps. Alors qu’il y a cinq ans, l’accent avait été mis sur les négociations des fonds européens alloués à la Pologne, c’est désormais la sécurité de l’Europe qui préoccupe le plus les électeurs polonais.

Comme le reste de l’Union européenne, la Pologne est entrée le 24 février dernier en période de campagne électorale officielle pour les élections européennes qui se dérouleront le dimanche 25 mai, soit le même jour qu’en France – en fonction de leurs traditions propres, certains pays organiseront en effet le scrutin quelques jours plus tôt. C’est la troisième fois que les électeurs polonais sont invités à élire leurs eurodéputés depuis l’adhésion du pays à l’UE en 2004.

Le scrutin à venir se distingue cependant des précédents puisque cette fois, les nouvelles dispositions introduites par le traité de Lisbonne seront appliquées, avec pour conséquence un renforcement du poids institutionnel du Parlement européen. Bien que le Conseil européen, qui réunit les chefs d’État et de gouvernement des vingt-huit pays membres, continuera d’effectuer une présélection, les membres de l’hémicycle pourront ainsi désormais directement élire le président de la Commission et politiser davantage le débat européen.

En outre, le système de répartition des sièges a changé et la Pologne gagne au passage un député, portant sa délégation au nombre de 51 contre 74 pour la France. Les élus polonais pourront candidater dans l’une des 13 différentes circonscriptions du pays et auront une chance de remporter un mandat si leur liste réunit au moins 5% des suffrages exprimés au niveau national. Ils doivent également rassembler un grand nombre de voix sur leur nom propre puisqu’à la différence du système français, les électeurs polonais peuvent directement choisir leur candidat et pas uniquement son parti – c’est le système dit du vote préférentiel.

Une prédominance des thèmes nationaux ?

Bien que les partis politiques au niveau européen soient censés contribuer à la formation d’une conscience politique européenne, les campagnes électorales se concentrent traditionnellement sur des thèmes nationaux, reléguant au second plan les questions spécifiquement européennes. Dans le calendrier politique de la Pologne, il est de fait difficile de ne pas considérer ce scrutin comme un test avant les élections municipales prévues pour le mois de novembre de cette année puis en 2015 des présidentielles et des législatives.
 
Pour la Plateforme civique (PO), le parti de centre-droite actuellement pouvoir, ce sera l’occasion de vérifier si la chute de popularité mesurée par les sondages correspond à la réalité. Lors des précédentes élections en 2009, la PO du Premier ministre Donald Tusk, membre du Parti populaire européen (PPE), avait attiré 44% des voix et obtenu 24 sièges. Les enquêtes d’opinion ne lui donnent plus cette année qu’autour de 25-26%. Parmi les têtes de liste, on retrouve M. Janusz Lewandowski, pour le moment commissaire au Budget ; Danuta Hübner, ancienne commissaire européenne chargée de la Politique régionale ; Jerzy Buzek, ancien président du Parlement européen ; ainsi que quelques ministres en poste ou l’ayant été.

Pour le lancement de sa campagne électorale, le Premier ministre Donald Tusk a été accompagné par Vitali Klitschko, l’un des leaders des manifestations pro-européennes à Maidan en Ukraine. Dans le contexte des derniers événements en Crimée, il a fait le lien entre le scrutin et la sécurité de la Pologne et de l’Europe tout entière, qui ne peut être selon lui garantie que par le renforcement de la coopération avec l’UE et l’OTAN. L’euroscepticisme des partis de droite, à l’inverse, « conduira à la catastrophe ». Cette tactique permet d’exploiter l’inquiétude partagée, d’après les enquêtes d’opinion, par plus de 70% des Polonais sur la sécurité du pays au regard du conflit entre la Russie et l’Ukraine.

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Sondage CBOS réalisé entre le 6 et le 12 mars auprès de 1 098 personnes

Le principal adversaire de la PO, le parti social-conservateur et catholique Droit et justice (PiS), a perdu chacune des six élections qui se sont déroulées en Pologne depuis 2005. Le scrutin de cette année pourrait cependant renverser la tendance puisque les sondages lui donnent entre 24 et 31% des intentions de vote. Les élus supplémentaires du PiS renforceraient alors les rangs du groupe des Conservateurs et réformistes européens (ECR), actuellement cinquième en termes d’effectifs au Parlement de Strasbourg et dépourvu de candidat à la présidence de la Commission européenne. On observera que l’ancien président du groupe, Michał Kamiński, a décidé de se présenter sur les listes de la Plateforme civique. Il compte parmi les sept députés conservateurs qui entre 2009 et 2014 ont quitté le PiS de Jarosław Kaczyński.
 
Le discours de ce dernier, tenu à l’occasion du lancement de la campagne électorale fin mars, a pu surprendre les observateurs qui considèrent le président du PiS comme un conservateur eurosceptique. Après avoir présenté les listes des candidats, il a félicité l’UE pour ses grandes réussites des dernières décennies, notamment en termes de renforcement de la coopération entre les Etats, de construction de la paix mais aussi de croissance économique et de création d’un espace de libre-échange. « Nous voulons être dans l’Union et nous voulons que l’Union demeure », a-t-il affirmé, tout en ajoutant que la Pologne doit continuer à contribuer à l’UE comme un État souverain. Les idées fédéralistes d’un super-État européen seraient, selon lui, « une catastrophe pour la civilisation et la culture ».

De nouveaux partis ?

Les États membres peuvent prévoir s’ils le souhaitent la fixation d’un seuil minimal pour l’attribution de sièges au Parlement européen. En Pologne, ce seuil est comme en France fixé à 5%. En plus de la PO et du PiS, d’autres partis sont susceptibles de le franchir et d’obtenir des mandats dans la prochaine législature du Parlement européen. Parmi eux, l’Alliance de la gauche démocratique (SLD) de l’ancien premier ministre Leszek Miller se disputera les électeurs de gauche avec la coalition Europa Plus, soutenue par l’ancien président de la République Aleksander Kwaśniewski et composée du parti anticlérical Ton mouvement (Twój Ruch), du Parti démocrate et du Parti travailliste polonais.
 
En outre, le faible taux attendu de participation – il n’avait pas dépassé 23,5% en Pologne en 2009, contre une moyenne de 43% dans l’UE-27 – pourrait aussi permettre à des partis actuellement non représentés au Parlement national de remporter des sièges. Le fort niveau d’abstention s’accompagne en effet d’une montée des partis eurosceptiques et nationalistes comme le Mouvement national polonais (Ruch Narodowy, ou RN). « Nous allons à Bruxelles pour faire sauter l’UE », a indiqué l’un de ses candidats, déterminé à lutter contre la théorie du genre, le fédéralisme et le « centralisme européen bruxellois ». Le leader du RN, Robert Winnicki, a déclaré vouloir présenter des listes de dix candidats dans chacune des 13 circonscriptions. Pour y parvenir, il doit néanmoins d’abord réussir à collecter au moins 100 000 signatures de soutien.

La Pologne face aux défis européens

Au-delà des enjeux partisans, les élections européennes de 2014 posaient pour la Pologne des questions de fond sur sa place dans l’architecture institutionnelle de l’Union. Dixième anniversaire de l’adhésion oblige, le bilan de l’intégration européenne était au cœur des discussions. Les chiffres parlaient d’eux-mêmes : entre 2004 et 2014, le PIB par habitant polonais est passé de 49 % à 68 % de la moyenne européenne, les infrastructures routières et ferroviaires ont été modernisées grâce aux fonds de cohésion, et la mobilité des travailleurs polonais au sein de l’espace Schengen a profondément transformé le marché du travail. Mais ces progrès s’accompagnaient aussi de défis : les disparités régionales entre les grandes villes et les campagnes restaient marquées, et la question de la souveraineté nationale face à l’approfondissement de l’intégration européenne divisait la classe politique.

La crise ukrainienne a ajouté une dimension géopolitique inédite à ce scrutin. Pour la première fois depuis son adhésion à l’UE, la Pologne se trouvait directement confrontée à une menace sécuritaire à sa frontière orientale, ce qui a renforcé le sentiment que l’appartenance à l’Union et à l’OTAN constituait une garantie vitale. Ce contexte a contribué à marginaliser les discours ouvertement eurosceptiques et à recentrer le débat sur les enjeux de défense collective et de solidarité énergétique. Les relations de la Pologne avec ses voisins d’Europe centrale, notamment au sein du Groupe de Visegrád avec la Hongrie, la République tchèque et la Slovaquie, se sont révélées déterminantes dans la formulation d’une position commune face à la crise.

Questions fréquentes

Quel est le système politique de la Pologne ?

La Pologne est une république parlementaire. Le pouvoir exécutif est partagé entre le président de la République et le Premier ministre, tandis que le Parlement (Sejm et Sénat) détient le pouvoir législatif.

Quel rôle joue la Pologne dans l'OTAN ?

La Pologne est membre de l'OTAN depuis 1999. Située à la frontière orientale de l'Alliance, elle accueille des bases et des troupes alliées et joue un rôle stratégique dans la défense collective.

La Pologne utilise-t-elle l'euro ?

Non, la Pologne conserve sa propre monnaie, le złoty (PLN). Bien qu'elle soit tenue par les traités d'adopter l'euro à terme, aucune date n'a été fixée.