L’énergie, objet de consensus pour les élus polonais

L’énergie, objet de consensus pour les élus polonais

Les questions énergétiques sont parmi les rares sur lesquelles les parlementaires polonais de tous bords parviennent à faire front commun. Favorables en grande majorité au développement du gaz de schiste, ils sont également réservés sur la politique de réduction des émissions de gaz à effet de serre. Cette forte cohésion des élus ne sera pas sans incidence sur la position du gouvernement polonais alors qu’un Conseil européen examinera en mars la proposition de paquet énergie-climat 2030.

Dévoilée par la Commission européenne le 22 janvier dernier, la proposition de Cadre pour les politiques climatique et énergétique à l’horizon 2030 fixe à l’Union trois grands objectifs : une réduction de 40% des émissions de GES par rapport au volume constaté en 1990, une cible générale de 27% de la consommation énergétique de l’UE d’origine renouvelable et une réforme du système ETS d’échanges de quotas d’émission de gaz à effet de serre (GES) afin de donner aux investisseurs plus de prévisibilité sur l’évolution du prix de la tonne de carbone.

Selon la Commission européenne, la plateforme ETS devrait en effet « rester l’instrument central de la transition vers une économie sobre en carbone ». Cependant, les trop nombreux permis distribués sur le marché et la crise économique qui a entraîné notamment une baisse de la production industrielle dans l’UE ont fait chuter de façon drastique le prix des quotas d’émission. En conséquence, les investisseurs ne sont pas incités à financer des technologies plus économes en énergie et moins émettrices de GES.

C’est pourquoi le Parlement européen a approuvé le 3 juillet dernier la proposition dite de backloading de la Commission qui consiste à repousser la mise sur le marché de 900 millions de quotas afin de faire remonter leurs cours. À l’exception de Marek Siwiec (Alliance Progressiste des Socialistes et Démocrates S&D), tous les eurodéputés polonais ont voté contre le texte, soit 50 élus sur les 766 de l’ensemble de la chambre.

Sur la question du gaz de schiste, l’appartenance nationale semble également davantage compter que l’affiliation au groupe politique : la quasi totalité des eurodéputés polonais s’est prononcée en juillet dernier contre une mesure qui aurait conditionné les activités d’exploration et d’extraction d’hydrocarbures non conventionnels par fracturation hydraulique à la réalisation préalable d’une étude d’impact environnemental. Cette opposition n’a cependant pas empêché de réunir une majorité suffisante pour adopter le texte.

Ce consensus autour des questions énergétiques s’explique par le souhait de nombreux Polonais de renforcer leur indépendance énergétique. Actuellement, la production d’énergie primaire est assurée par trois grandes sources : le charbon (56%), le gaz naturel et le pétrole (38%) et la biomasse (6%). Si le charbon et la biomasse sont présents sur le territoire polonais, le gaz et le pétrole sont essentiellement importés, en particulier de Russie.

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Des centrales à gaz pour sortir du charbon ?

Dans de telles conditions, une politique climatique plus stricte obligerait la Pologne à fermer ses centrales à charbon et au profit du gaz, source d’énergie de transition en attendant que les renouvelables deviennent moins coûteux et plus fiables. Cependant, pour des raisons politiques, le gouvernement polonais ne souhaite pas accroître sa dépendance énergétique vis-à-vis de l’extérieur et considère le gaz de schiste comme un moyen de combiner à la fois réduction des GES et indépendance énergétique, à l’exemple des États-Unis.

Pour autant, les élus polonais s’intéressent aussi aux autres solutions alternatives. Ainsi, selon Konrad Szymański (Conservateurs et Réformistes européens ECR), « la Pologne devrait diversifier son bouquet énergétique en misant sur ses propres ressources. Elle doit se tourner vers des sources d’énergie locales et sûres comme le nucléaire, les hydrocarbures non conventionnels – dont le gaz de schiste – ou encore les renouvelables à condition qu’ils fonctionnent dans des conditions de marché. »

D’après l’enquête du portail Mam Prawo Wiedzieć réalisée auprès de 151 parlementaires polonais à la fin de l’année 2011, cette opinion reflète la position de la majorité des députés et sénateurs. Interrogés sur les sources d’énergie dans lesquelles la Pologne devrait investir, la plupart des élus ont cité en tête de liste les ressources en gaz présentes sur le territoire polonais puis dans l’ordre le nucléaire et les sources d’énergie renouvelables. L’importation de gaz naturel n’a pas été mentionnée. De la même façon, plus de la moitié des répondants considèrent que la diversification devrait être le premier objectif stratégique de la politique énergétique.

Malgré cette unanimité en faveur du développement des sources d’énergie indigènes, tous les parlementaires polonais ne sont pas des adversaires convaincus de la politique climatique. La Plateforme civique (PO, centre-droit) actuellement au pouvoir mais aussi Ton Mouvement (gauche libérale) et l’Alliance de la gauche démocratique (SLD, sociale-démocrate) sont divisés sur l’attitude à tenir vis-à-vis des tentatives de réduction des émissions de GES. En revanche, le principal parti d’opposition Droit et justice (PiS, conservateur) est relativement uni autour de l’idée que la politique climatique va à l’encontre des intérêts de la Pologne. Un parti donné favori dans les sondages en vue des élections européennes de mai prochain.

(version remaniée et traduite du polonais d’un article rédigé par Magdalena Wnuk et publié dans le numéro 4 de la revue W Punkt)

Le charbon polonais, un héritage lourd de conséquences

La dépendance de la Pologne au charbon ne se résume pas à une simple question énergétique : elle touche à l'identité même de certaines régions du pays. La Haute-Silésie, avec ses bassins miniers de Katowice et de Bytom, a été pendant des décennies le poumon industriel de la Pologne. Le charbon y a façonné les paysages, les modes de vie et les cultures locales au point de constituer un élément identitaire pour des millions de Silésiens. Les familles de mineurs, qui se transmettent le métier de génération en génération, entretiennent une fierté professionnelle et une solidarité communautaire qui font du secteur charbonnier bien plus qu'une simple industrie.

La transition énergétique, si elle est incontournable du point de vue climatique, représente donc un défi social considérable pour la Pologne. La fermeture progressive des mines de charbon implique la reconversion de dizaines de milliers de travailleurs, la revitalisation de régions entières dont l'économie dépend de cette activité et la gestion d'un héritage environnemental souvent lourd, avec des sites contaminés et des paysages dégradés qui nécessitent des investissements colossaux pour être réhabilités. Les fonds européens jouent un rôle crucial dans l'accompagnement de cette transition, mais leur montant, aussi élevé soit-il, ne suffit pas à effacer les angoisses légitimes des populations concernées.

La position des parlementaires polonais sur les questions énergétiques, unanime au-delà des clivages partisans comme le montre cet article, reflète cette sensibilité sociale. Les élus savent que le charbon emploie directement ou indirectement des centaines de milliers de personnes et que toute politique trop ambitieuse de réduction des émissions de gaz à effet de serre, si elle n'est pas accompagnée de mesures de compensation adéquates, risque de provoquer une crise sociale et politique aux conséquences imprévisibles. Pour approfondir la compréhension des enjeux énergétiques et géopolitiques de la région, le site Russie Voyage propose des analyses sur les dynamiques énergétiques en Europe de l'Est.

Vers un mix énergétique diversifié

La volonté des parlementaires polonais de diversifier le bouquet énergétique du pays ouvre des perspectives prometteuses pour l'avenir. Le développement du nucléaire, soutenu par une large majorité des élus, pourrait permettre de réduire significativement les émissions de gaz à effet de serre tout en garantissant la sécurité de l'approvisionnement. La Pologne a annoncé la construction de sa première centrale nucléaire, un projet d'envergure qui mobilise des partenariats internationaux et représente un investissement de plusieurs milliards d'euros.

Les énergies renouvelables, bien que leur développement soit encore freiné par des réticences politiques et réglementaires, gagnent du terrain en Pologne. L'éolien terrestre, le photovoltaïque et la biomasse connaissent une croissance soutenue, portée par les subventions européennes et par la baisse continue des coûts de production. L'éolien offshore en mer Baltique représente un potentiel particulièrement prometteur que la Pologne commence à exploiter, avec des projets de parcs éoliens marins qui pourraient fournir une part significative de l'électricité du pays dans les décennies à venir.

Le gaz de schiste, qui suscitait un enthousiasme considérable au moment de la rédaction de cet article, a connu des fortunes plus contrastées. Les campagnes d'exploration menées par plusieurs compagnies internationales n'ont pas confirmé les estimations initiales très optimistes des ressources disponibles, et plusieurs opérateurs se sont retirés de Pologne. Néanmoins, la diversification des sources d'approvisionnement en gaz, avec la construction du terminal GNL de Świnoujście sur la Baltique et le développement de l'interconnecteur gazier avec la Lituanie, a permis de réduire significativement la dépendance polonaise vis-à-vis du gaz russe, un objectif stratégique partagé par l'ensemble de la classe politique.

Questions fréquentes

Quelle est la politique énergétique de la Pologne ?

La Pologne reste dépendante du charbon pour sa production d'électricité, mais elle investit massivement dans les énergies renouvelables et le nucléaire pour diversifier son mix énergétique et atteindre ses objectifs climatiques.

Quel rôle joue la Pologne dans l'OTAN ?

La Pologne est membre de l'OTAN depuis 1999. Située à la frontière orientale de l'Alliance, elle accueille des bases et des troupes alliées et joue un rôle stratégique dans la défense collective.

Quand la Pologne a-t-elle rejoint l'Union européenne ?

La Pologne a rejoint l'Union européenne le 1er mai 2004, lors du grand élargissement qui a vu l'adhésion de dix nouveaux États membres.

Quelles sont les relations entre la Pologne et l'Ukraine ?

La Pologne est l'un des plus proches alliés de l'Ukraine en Europe. Elle a joué un rôle majeur dans l'accueil des réfugiés ukrainiens et le soutien diplomatique et militaire à Kiev.