Cette enquête sur la place du français en Pologne ne saurait éluder le mouvement inverse : qu'en est-il du polonais que tentent d'apprendre les francophones expatriés à Varsovie ou simplement amoureux de la culture slave ? Les obstacles sont réels — sept cas grammaticaux, un alphabet de 32 lettres avec ses consonnes redoutées « szcz », « rz » et « ł », des nombres qui se déclinent — mais des méthodes adaptées émergent en 2026, portées par les écoles linguistiques de Cracovie et par les ressources numériques. Selon le ministère polonais de l'Éducation, environ 12 000 étrangers étaient inscrits à des cours de polonais langue étrangère en 2025, un chiffre en hausse de 18 % sur cinq ans, dopé par l'arrivée de réfugiés ukrainiens et par le retour de diasporas occidentales en quête de racines.
Pour les lecteurs curieux de la mécanique de la langue polonaise au-delà des clichés sur sa difficulté, notre entretien avec la linguiste Anna Woźniak, formée à l'Université Jagellonne de Cracovie, démêle les vrais obstacles des fausses peurs. Elle y revient sur les particularités phonétiques du polonais, sur la place réelle du russe et de l'ukrainien dans son réseau slave, et sur les méthodes qui marchent vraiment pour un francophone adulte qui souhaite atteindre un niveau B1 en moins de deux ans.
Le paradoxe est révélateur : pendant que le français recule dans les écoles polonaises, le polonais progresse comme langue étrangère apprise en France, où l'on dénombre désormais une vingtaine de cursus universitaires actifs, de Paris-Sorbonne à l'INALCO en passant par Strasbourg, Lille et Aix-Marseille. La francophonie et la slavophilie ne sont pas en compétition — elles se nourrissent mutuellement, et c'est sans doute dans ce dialogue retrouvé que se joue l'avenir des relations culturelles franco-polonaises.
