L'histoire de la Pologne est l'une des plus mouvementées d'Europe. Née officiellement en 966 avec le baptême de Mieszko Ier, elle s'étend sur plus de dix siècles de transformations politiques radicales : empire médiéval, démocratie nobiliaire, disparition totale de la carte du monde pendant 123 ans, destruction quasi totale sous l'Occupation nazie, puis renaissance démocratique au tournant du XXIe siècle. Cette chronologie illustrée, établie pour l'année 2026, retrace les grandes dates, les personnages fondateurs et les événements qui ont façonné l'identité polonaise telle qu'elle se vit aujourd'hui.
Comprendre l'histoire de la Pologne, c'est aussi comprendre la géographie de l'Europe centrale : un pays qui n'a cessé de voir ses frontières se déplacer, ses voisins changer de régime et ses populations se mélanger, se déplacer, souffrir. Des bords de la Vistule aux forêts de Mazovie, chaque paysage polonais porte les traces de décisions politiques, de batailles déterminantes et de compromis diplomatiques qui ont redessiné le continent. Ce grand récit national reste aujourd'hui au cœur des débats en Pologne, entre devoir de mémoire et ambition européenne.
966 : le baptême de la Pologne et la naissance d'un État
Le 14 avril 966, selon la tradition historiographique, le duc Mieszko Ier — chef de la tribu des Polanes établie entre la Warta et la Vistule — reçoit le baptême chrétien selon le rite latin. Ce geste fondateur, qui suit de peu son mariage avec la princesse bohémienne Doubravka, n'est pas seulement un acte religieux : il est avant tout un acte politique de la plus haute importance. En optant pour le christianisme de Rome plutôt que pour celui de Byzance, Mieszko Ier rattache définitivement son État émergent à l'orbite culturelle et diplomatique de l'Europe occidentale. Il obtient par la même occasion la protection du pape et échappe au prétexte d'une croisade germanique contre les païens de la Baltique.
La Pologne ainsi née correspond à un territoire plus modeste que l'État actuel : elle se concentre autour de la Grande-Pologne, avec Gniezno comme première capitale. Mieszko Ier consolide le pouvoir en soumettant les tribus voisines, en organisant une administration militaire et en tissant des alliances matrimoniales. Son fils Bolesław Ier le Vaillant — Bolesław Chrobry en polonais — poussera encore plus loin la logique étatique : en 1025, quelques jours avant sa mort, il est couronné premier roi de Pologne, avec la bénédiction pontificale. La Pologne entre alors officiellement dans le concert des monarchies chrétiennes d'Europe.
La date de 966 est aujourd'hui célébrée comme l'acte de naissance de l'État polonais. Elle reste une référence symbolique et politique majeure : en 1966, la Pologne communiste et l'Église catholique se sont affrontées pour le contrôle des célébrations du millénaire, révélant la profondeur du lien entre identité nationale et foi chrétienne dans la conscience polonaise contemporaine.
Les Piasts et le premier royaume : de 966 à 1370
La dynastie des Piasts règne sur la Pologne pendant plus de quatre siècles, de 966 à 1370. Son règne n'est pas un long fleuve tranquille : la Pologne médiévale connaît des phases d'éclatement féodal, des invasions mongoles dévastatrices en 1241 et 1259, puis une remarquable reconstitution politique au XIVe siècle. Casimir III le Grand — Kazimierz Wielki — qui règne de 1333 à 1370, incarne l'apogée de la dynastie. Son règne voit la codification du droit polonais (Statuts de Wiślica, 1347), la fondation de l'Université Jagellon de Cracovie en 1364 — l'une des premières universités d'Europe centrale — et une politique d'accueil des Juifs fuyant les persécutions d'Europe occidentale.
La ville de Cracovie, capitale royale des Piasts depuis le XIe siècle, connaît sous Casimir III une période de prospérité exceptionnelle. Châteaux, cathédrales gothiques, enceintes fortifiées et maisons bourgeoises transforment le paysage urbain. La Pologne est alors un royaume réputé pour sa tolérance religieuse relative, accueillant sur son territoire des communautés juives, arméniennes, orthodoxes et catholiques. La longue histoire des Juifs de Pologne, l'une des plus importantes d'Europe, prend ici ses racines les plus profondes, avec l'installation de larges communautés dans les shtetl de Cracovie, Lublin et Poznań.
Le règne de Casimir III le Grand s'achève sans héritier mâle direct en 1370. La couronne passe à son neveu Louis Ier d'Anjou, roi de Hongrie, inaugurant une ère de dynasties étrangères. Cette transition pacifique démontre la maturité institutionnelle atteinte par le royaume polonais en quatre siècles de construction étatique. Elle prépare aussi le terrain pour la grande rupture dynastique du XIVe siècle : l'union avec la Lituanie.
L'Union polono-lituanienne (1386-1572) et l'âge d'or de la Renaissance
En 1386, la princesse polonaise Jadwiga épouse le grand-duc de Lituanie Jogaila, qui adopte le christianisme et devient roi de Pologne sous le nom de Władysław II Jagellon. Cette union dynastique scelle l'alliance entre deux des plus grands États d'Europe centrale. En 1410, la bataille de Grunwald voit les forces polono-lituaniennes écraser l'Ordre Teutonique, puissance militaire dominante de la Baltique depuis deux siècles. Cette victoire retentissante reste l'un des événements les plus célébrés de l'histoire polonaise, symbole de la résistance contre l'expansionnisme germanique.
La Pologne jagellon connaît au XVe et au XVIe siècle un véritable âge d'or. La Renaissance italienne pénètre le royaume par Cracovie, où les rois font venir architectes, peintres et humanistes d'Italie. Le Wawel royal s'habille de loggia à l'italienne, les magnats polonais financent bibliothèques et académies. Nicolas Copernic (1473-1543), né à Toruń, formé à l'Université Jagellon et aux universités italiennes, publie en 1543 son traité De revolutionibus orbium coelestium, qui révolutionne la cosmologie en plaçant le Soleil au centre de l'univers. Jan Kochanowski (1530-1584) impose la langue polonaise comme langue littéraire de plein droit avec ses Laudes. Le pays aspire au rayonnement culturel européen tout en maintenant une relative paix intérieure.
Cette époque est aussi celle d'une expansion territoriale spectaculaire : l'Union de Lublin de 1569 transforme l'union dynastique en une fédération réelle, la République des Deux Nations (Rzeczpospolita Obojga Narodów), qui couvre alors plus de 800 000 km² et s'étend de la Baltique à la mer Noire. C'est l'un des plus grands États d'Europe à cette époque. La réforme protestante y trouve un écho particulier : la tolérance religieuse de la Confédération de Varsovie de 1573, première du genre en Europe, garantit la liberté de culte à toutes les confessions, un siècle avant l'Édit de Nantes français.
La République des Deux Nations (1572-1795) : démocratie nobiliaire et déclin
À la mort du dernier Jagellon en 1572, la Pologne institue un régime politique unique en Europe : la monarchie élective. Désormais, le roi est choisi lors d'élections où l'ensemble de la noblesse polonaise (szlachta) — environ 10 % de la population — peut participer. Ce système valorise la liberté nobiliaire mais génère une instabilité chronique : chaque interrègne devient une occasion d'intrigues étrangères, les puissances voisines finançant des candidats complaisants. Étienne Báthory (1576-1586) et Jean III Sobieski (1674-1696) incarnent des exceptions brillantes dans une longue liste de règnes médiocres.
La libertas vetandi — le liberum veto — est l'illustration la plus frappante des contradictions du système. Depuis 1652, tout député du Sejm peut d'un seul mot bloquer l'ensemble des travaux du parlement. Conçue comme une protection de la liberté individuelle de la noblesse, cette règle devient rapidement un instrument de paralysie systématique, utilisé par des puissances étrangères pour empêcher toute réforme. Entre 1652 et 1764, plus de la moitié des sessions du Sejm sont dissoutes de cette façon. La Pologne, incapable de lever des impôts réguliers et de maintenir une armée permanente, s'affaiblit inexorablement face à des voisins centralisés et modernisés.
La victoire de Sobieski à la bataille de Vienne en 1683 — qui arrête la progression ottomane en Europe centrale — représente le dernier grand éclat de la puissance militaire polonaise. Dans les décennies suivantes, la Russie sous Pierre le Grand, la Prusse sous Frédéric II et l'Autriche sous Marie-Thérèse regardent avec convoitise un pays de plus en plus incontrôlable et incontrôlé. La Constitution du 3 mai 1791, adoptée au lendemain d'un premier partage, tente une réforme radicale : monarchie héréditaire, suppression du liberum veto, gouvernement responsable devant le Sejm. C'est la deuxième constitution écrite de l'histoire moderne, après celle des États-Unis. Elle arrive trop tard.
Les trois partages (1772, 1793, 1795) : la Pologne rayée des cartes pendant 123 ans
Le premier partage de 1772 est un choc fondateur. La Prusse, l'Autriche et la Russie s'accordent pour découper les marges du territoire polonais : la Galicie revient aux Habsbourg, la Prusse occidentale à Frédéric II, la Biélorussie orientale à Catherine II de Russie. La Pologne perd environ 30 % de son territoire et 35 % de sa population. L'événement provoque une prise de conscience nationale : les Lumières polonaises s'emballent, la réforme de l'Éducation nationale est entreprise par la Commission de l'Éducation nationale, première du genre en Europe, fondée en 1773.
Le second partage de 1793 est la réponse des puissances conservatrices à la Constitution progressiste du 3 mai 1791. La Prusse et la Russie — l'Autriche refuse d'y participer — annexent de nouvelles tranches du territoire polonais. Le soulèvement de Kościuszko en 1794 tente de renverser la tendance : le général Tadeusz Kościuszko, héros de la guerre d'Indépendance américaine, mobilise paysans et bourgeois dans une insurrection nationale. Malgré la victoire de Racławice contre l'armée russe, le soulèvement est finalement écrasé. Kościuszko est fait prisonnier à Maciejowice en octobre 1794.
Le troisième partage de 1795 efface définitivement la Pologne de la carte européenne. Varsovie passe à la Prusse, Vilnius à la Russie, Cracovie à l'Autriche. La Pologne cesse officiellement d'exister comme État souverain. Pendant 123 ans, trois empires se partagent son territoire, ses ressources et ses habitants. Cette période génère une culture de la résistance d'une intensité particulière : émigrations politiques vers Paris, insurrections armées de 1830 et 1863, maintien de la langue et de la mémoire nationale par l'Église et la littérature romantique d'Adam Mickiewicz, Juliusz Słowacki et Zygmunt Krasiński. On notera aussi, à cette époque d'exil, l'histoire partagée entre la Pologne et l'Ukraine, frontières et exodes qui ont marqué durablement les mémoires des deux peuples.
1918 : la résurrection de la Pologne — IIe République et entre-deux-guerres
L'armistice du 11 novembre 1918 signe la défaite simultanée des trois empires qui se partageaient la Pologne : l'Empire allemand, l'Empire austro-hongrois et l'Empire russe (déjà effondré lors de la révolution bolchevique de 1917). La Pologne ressuscite alors comme État indépendant, après 123 ans d'absence sur la carte politique de l'Europe. Józef Piłsudski, ancien commandant des légions polonaises qui avaient combattu pendant la Grande Guerre, prend la tête du nouvel État. Le traité de Versailles (1919) puis la guerre polono-soviétique (1919-1921) fixent les nouvelles frontières. La victoire polonaise à la bataille de Varsovie en août 1920 — surnommée le Miracle de la Vistule — arrête l'avancée de l'Armée rouge vers l'Ouest et préserve l'indépendance.
La IIe République de Pologne (1918-1939) est une démocratie fragile dans une Europe elle-même déstabilisée. Elle doit construire son État à partir de trois systèmes administratifs, trois réseaux ferrés et trois législations différentes hérités des trois partitions. Le coup d'État de mai 1926, par lequel Piłsudski prend le pouvoir, instaure un régime semi-autoritaire dit de la Sanacja (assainissement). Malgré les tensions politiques internes, l'entre-deux-guerres est aussi une période de renaissance culturelle intense : naissance du Groupe de Cracovie en peinture, essor du modernisme en architecture, développement de l'enseignement supérieur, floraison littéraire à Varsovie et à Lwów.
La géopolitique de la IIe République est celle d'un État pris en étau entre deux puissances révisionnistes. La Pologne signe un pacte de non-agression avec l'URSS en 1932 et avec l'Allemagne nazie en 1934, mais ces traités ne constituent pas de véritables garanties de sécurité. Le colonel Beck, ministre des Affaires étrangères, tente de naviguer entre les deux géants avec une politique d'équidistance qui s'avère illusoire. La garantie britannique de mars 1939 arrive trop tard pour constituer une protection réelle face à l'étau qui se referme.
La Seconde Guerre mondiale (1939-1945) : l'invasion, l'Occupation, la Résistance et la Shoah
Le 1er septembre 1939, à 4h45 du matin, l'Allemagne nazie envahit la Pologne depuis l'ouest, le nord et le sud. Seize jours plus tard, le 17 septembre, l'URSS attaque à son tour depuis l'est, en vertu du pacte secret Ribbentrop-Molotov signé le 23 août. Prise en tenaille, la Pologne résiste pendant cinq semaines sans l'aide effective de ses alliés britanniques et français, qui avaient pourtant déclaré la guerre à l'Allemagne dès le 3 septembre. Varsovie capitule le 28 septembre 1939. Le gouvernement polonais s'exile à Paris, puis à Londres, où il continuera à exercer une légitimité internationale tout au long du conflit.
L'Occupation qui suit est la plus brutale infligée à un pays européen pendant la guerre. Le territoire polonais est partagé en deux zones : le Gouvernement général sous administration nazie directe et les territoires annexés au IIIe Reich. Les Juifs polonais — environ 3,3 millions d'individus — sont systématiquement exterminés dans les camps de la mort construits en sol polonais : Auschwitz-Birkenau, Treblinka, Sobibor, Belzec, Chelmno, Majdanek. Plus de 90 % d'entre eux sont assassinés avant la fin de la guerre. Les non-Juifs sont soumis au travail forcé, aux exécutions de masse et à une politique délibérée d'anéantissement de l'intelligentsia. C'est dans ce contexte qu'il faut situer les mathématiciens polonais et le déchiffrage Enigma, épisode de la Résistance trop souvent méconnu : Marian Rejewski, Jerzy Różycki et Henryk Zygalski avaient percé le code de la machine Enigma dès 1932, transmettant leurs travaux aux Britanniques en juillet 1939.
L'insurrection de Varsovie (1er août - 2 octobre 1944) représente le plus grand soulèvement armé de l'histoire de l'Occupation en Europe. L'Armia Krajowa (Armée intérieure), forte de 40 000 combattants, tente de libérer la capitale avant l'arrivée de l'Armée rouge, qui stationne à quelques kilomètres de l'autre côté de la Vistule sans intervenir. L'insurrection est écrasée après 63 jours de combats : 200 000 civils morts, 500 000 déportés, et sur ordre d'Hitler, la destruction systématique du tissu urbain de Varsovie maison par maison. La ville est anéantie à 85 % avant la libération par l'Armée rouge en janvier 1945.
La Pologne communiste (1945-1989) : Solidarność, l'Église et la résistance populaire
À la conférence de Yalta (février 1945), Churchill, Roosevelt et Staline décident du sort de la Pologne d'après-guerre : le pays est placé dans la sphère d'influence soviétique. Les frontières sont déplacées vers l'ouest — la Pologne perd les territoires orientaux (dont Lwów et Wilno) au profit de l'URSS et gagne en compensation les terres allemandes à l'est de l'Oder et de la Neisse (Silésie, Poméranie, Prusse orientale). Des millions de Polonais et d'Allemands sont déplacés dans un gigantesque mouvement de populations. Les élections truquées de 1947 consacrent la prise de pouvoir totale par le Parti ouvrier unifié polonais (PZPR), aligné sur Moscou.
La résistance populaire au régime communiste prend plusieurs formes au fil des décennies. Les ouvriers de Poznań se soulèvent en juin 1956 (70 morts), ouvrant la voie au « dégel » d'Octobre 1956 sous Gomułka. Les étudiants et intellectuels se mobilisent en mars 1968. Les ouvriers des chantiers navals baltiques se révoltent à Gdańsk en décembre 1970 (44 morts). En 1978, l'élection du cardinal Karol Wojtyła comme pape Jean-Paul II galvanise la nation : son premier pèlerinage en Pologne, en juin 1979, rassemble des millions de Polonais et brise le monopole moral du Parti. Les grèves de l'été 1980, déclenchées aux chantiers navals de Gdańsk, aboutissent à la signature des accords d'août entre le gouvernement et le syndicat Solidarność, dirigé par Lech Wałęsa — premier accord entre un régime communiste et un syndicat indépendant de l'histoire du bloc soviétique.
L'état de guerre proclamé par le général Jaruzelski le 13 décembre 1981 tente d'écraser le mouvement : Solidarność est interdite, ses dirigeants emprisonnés, les communications coupées. Mais le mouvement survit dans la clandestinité, soutenu par l'Église, par Radio Free Europe et par une solidarité internationale active. En 1988, une nouvelle vague de grèves relance les négociations. Les pourparlers à la table ronde (février-avril 1989) aboutissent à un accord historique : des élections semi-libres en juin 1989, où Solidarność remporte 99 des 100 sièges du Sénat. Le premier gouvernement non communiste depuis 1945 est formé en août 1989 par Tadeusz Mazowiecki, intellectuel catholique et conseiller de Wałęsa.
1989-2004 : la transition démocratique et l'adhésion à l'Union européenne
La transition polonaise de 1989 est souvent citée comme modèle de transformation pacifique. En quelques années, le pays bascule d'une économie planifiée à une économie de marché, d'un régime à parti unique à une démocratie pluraliste, d'une alliance militaire contrainte (le Pacte de Varsovie) à une intégration choisie dans l'OTAN en 1999. La thérapie de choc économique de Leszek Balcerowicz (1990) — inflation maîtrisée, libéralisation des prix, ouverture aux investissements étrangers — est douloureuse socialement mais produit ses effets à moyen terme. Le chômage monte à 16 % au pire de la crise, mais la croissance s'installe dès la seconde moitié des années 1990.
L'adhésion de la Pologne à l'Union européenne, officialisée le 1er mai 2004 avec neuf autres pays d'Europe centrale et orientale, est le couronnement de cette décennie de transformation. Le référendum de juin 2003 donne un résultat massif : 77,5 % des Polonais approuvent l'adhésion. Les bénéfices sont immédiats : les fonds de cohésion européens financent des centaines de projets d'infrastructure (autoroutes, voies ferrées, universités), la libre circulation des personnes permet l'émigration de plus d'un million de Polonais vers le Royaume-Uni, l'Irlande et l'Allemagne, et le marché unique ouvre des débouchés considérables aux exportateurs polonais. Pour approfondir ce chapitre, on pourra consulter également des analyses sur la géopolitique et l'histoire européenne contemporaine, qui offrent un éclairage précieux sur les transformations de l'après-guerre froide.
Politiquement, la transition n'est pas un chemin linéaire. La présidence de Lech Wałęsa (1990-1995) est marquée par des tensions avec le parlement et une fragmentation partisane extrême. La gauche post-communiste revient au pouvoir avec Aleksander Kwaśniewski (1995-2005), qui préside justement à l'adhésion à l'OTAN et à l'UE. Les jumeaux Lech et Jarosław Kaczyński émergent dans les années 2000, portant un conservatisme catholique et national qui structurera la vie politique polonaise pendant les vingt années suivantes. La Pologne s'installe comme démocratie active mais clivée, reflet de contradictions qui traversent toute l'Europe centrale.
La Pologne en 2026 : puissance régionale entre OTAN, UE et enjeux géopolitiques
En 2026, la Pologne contemporaine, nouvelle puissance européenne, occupe une position centrale dans les grands débats du continent. Avec un PIB de près de 800 milliards d'euros et une population de 38 millions d'habitants, elle est la sixième économie de l'Union européenne. Sa croissance, l'une des plus dynamiques d'Europe au cours des vingt dernières années, a permis de rattraper une partie du retard de développement accumulé sous le communisme. Le revenu par habitant en parité de pouvoir d'achat atteint désormais environ 85 % de la moyenne européenne, contre 50 % lors de l'adhésion en 2004.
L'invasion russe de l'Ukraine en février 2022 a profondément modifié la position géopolitique de la Pologne. Frontière orientale de l'OTAN et de l'UE, pays d'accueil de plus d'un million et demi de réfugiés ukrainiens, partenaire stratégique de Washington et de Kyiv, la Pologne est devenue en quelques mois l'un des acteurs les plus influents de la politique de sécurité européenne. Son budget de défense dépasse désormais 4 % du PIB — le plus élevé de l'Alliance atlantique — et ses commandes d'armements (chars Abrams américains, avions F-35, systèmes d'artillerie coréens) transforment ses forces armées en l'une des plus puissantes d'Europe. La Pologne en 2026, pilier militaire de l'OTAN, revendique le rôle de bouclier oriental de l'Alliance, avec 10 000 soldats américains stationnés en permanence sur son sol.
Sur le plan intérieur, le retour au pouvoir de la coalition libérale-centriste de Donald Tusk en décembre 2023, après huit ans de gouvernement du PiS (Parti droit et justice), a marqué un virage politique majeur. Le rétablissement de l'état de droit, la récupération des fonds européens bloqués par Bruxelles (35 milliards d'euros) et la normalisation des relations avec les partenaires européens constituent les priorités affichées. Ces tensions internes entre conservatisme national et libéralisme européen illustrent les fractures d'une société polonaise en pleine recomposition : vieillissement démographique, retour progressif d'une partie de l'émigration, montée des préoccupations environnementales et débat ouvert sur l'énergie nucléaire. La Pologne de 2026 est à la fois fidèle à une histoire millénaire de résistance et tournée vers un avenir résolument européen.
Les 3 choses à retenir
- Une naissance politique au service de la survie : le baptême de Mieszko Ier en 966 n'est pas seulement un acte de foi mais un acte géopolitique délibéré — rejoindre l'Europe romaine pour échapper à la pression germanique et ottomane. Cette stratégie d'alliances définira mille ans d'histoire polonaise.
- Un État qui a su renaître de ses cendres : effacée de la carte en 1795, la Pologne a maintenu son identité nationale pendant 123 ans sans État, puis s'est reconstituée en 1918, survécu à la destruction nazie, résisté au communisme soviétique et intégré l'Union européenne en 2004 — un parcours de résilience sans équivalent en Europe moderne.
- Une puissance régionale en train de s'affirmer : la guerre en Ukraine et le réarmement massif de 2022-2026 ont transformé la Pologne en pilier militaire de l'OTAN, confirmant que le pays, historiquement situé entre deux grandes puissances, a définitivement choisi son camp européen et atlantiste — avec toutes les responsabilités qui en découlent.
FAQ : questions fréquentes sur l'histoire de la Pologne
Quand la Pologne a-t-elle été baptisée et quel en est le sens historique ?
En 966, le duc Mieszko Ier — chef de la tribu des Polanes — reçoit le baptême chrétien selon le rite latin, ouvrant la Pologne à la civilisation médiévale occidentale. Cet acte fondateur n'est pas seulement religieux : il est aussi politique. En adoptant le christianisme de Rome plutôt que de Byzance, Mieszko Ier rattache définitivement son État à l'Europe de l'Ouest, obtient la protection papale contre ses voisins germaniques et trace les frontières culturelles qui perdureront mille ans. Le 966 est officiellement considéré comme la date de naissance de l'État polonais.
Quels sont les trois partages de la Pologne et pourquoi ont-ils eu lieu ?
Les trois partages (1772, 1793, 1795) ont effacé la Pologne de la carte de l'Europe pendant 123 ans. En 1772, la Prusse, l'Autriche et la Russie se partagent les régions périphériques de la République des Deux Nations, affaiblie par le liberum veto. En 1793, après l'adoption de la constitution progressiste du 3 mai 1791, la Russie et la Prusse s'emparent de nouvelles provinces. En 1795, après l'échec du soulèvement de Kościuszko, les trois puissances effacent ce qui reste du pays.
Quel a été le sort de la Pologne pendant la Seconde Guerre mondiale ?
La Pologne est la première victime de la Seconde Guerre mondiale, envahie le 1er septembre 1939 par l'Allemagne nazie et le 17 septembre par l'URSS. Sous l'Occupation, environ 6 millions de citoyens polonais sont tués, dont 3 millions de Juifs polonais dans les camps d'extermination nazis. L'insurrection de Varsovie (août-octobre 1944) se solde par 200 000 morts civils et la destruction quasi totale de la capitale. La Pologne perd la guerre sans avoir capitulé, son gouvernement en exil restant reconnu par les Alliés jusqu'à Yalta.
Qu'est-ce que Solidarność et quel rôle a joué ce mouvement dans la chute du communisme ?
Solidarność (Solidarité) est le premier syndicat indépendant du bloc soviétique, fondé en août 1980 aux chantiers navals de Gdańsk après une grève de 21 jours menée par Lech Wałęsa. Fort de 10 millions de membres à son apogée, il incarne la résistance civile ouvrière, intellectuelle et catholique. Les négociations à la table ronde (février-avril 1989) aboutissent aux premières élections semi-libres de juin 1989, où Solidarność remporte 99 sièges sur 100 au Sénat. C'est l'effondrement symbolique du communisme polonais, précurseur de la chute du Mur de Berlin en novembre 1989.
Quand la Pologne a-t-elle rejoint l'Union européenne et quel a été l'impact de cette adhésion ?
La Pologne adhère à l'Union européenne le 1er mai 2004, lors du grand élargissement à dix nouveaux États membres. Les effets sont immédiats et massifs : des fonds structurels européens (plus de 100 milliards d'euros entre 2004 et 2020) financent autoroutes, universités et infrastructures. La libre circulation entraîne l'émigration de plus d'un million de Polonais vers le Royaume-Uni, l'Irlande et l'Allemagne. Vingt ans après, la Pologne est devenue la sixième économie de l'Union européenne, portée par une croissance soutenue et une classe moyenne en pleine expansion.