Maria Skłodowska, une Polonaise au cœur de Paris
Née le 7 novembre 1867 à Varsovie, Maria Skłodowska grandit dans une Pologne alors sous domination russe. Très tôt, elle manifeste un don exceptionnel pour les sciences et les langues. Privée d’accès à l’université en raison de son sexe et de la politique de russification, elle rejoint l’« Université volante », un réseau clandestin d’enseignement supérieur qui forme secrètement des femmes polonaises. Ces cours illégaux, dispensés dans des appartements privés, lui permettent d’acquérir une solide formation en physique et en mathématiques avant même son départ pour la France.
À vingt-quatre ans, en novembre 1891, Maria quitte Varsovie avec une valise et une petite somme d’argent économisée. Elle arrive à Paris par le train de nuit et s’installe chez une logeuse polonaise, Mme Dydyńska, au 11 rue des Feuillantines dans le 5e arrondissement. Cette adresse, aujourd’hui disparue, constituait alors un point de ralliement pour les étudiants polonais. La jeune femme y trouve un premier réseau de soutien et commence à fréquenter les cercles d’émigrés qui lui rappellent sa patrie lointaine.
Le 3 novembre 1891, elle s’inscrit officiellement à la Faculté des sciences de la Sorbonne sous le nom de Marie Skłodowska. Elle choisit la section physique et chimie. Très vite, elle se distingue par sa détermination et sa capacité de travail. Les cours sont dispensés en français, langue qu’elle maîtrise déjà grâce à des études antérieures. Cette période marque le début d’une trajectoire exceptionnelle qui la conduira à devenir l’une des scientifiques les plus célèbres du XXe siècle.
Paris 1891 : une étudiante polonaise au Quartier Latin

La première chambre de Marie se situe au 6 rue Flatters, dans le 6e arrondissement. Cette petite pièce mansardée, sans chauffage, est décrite dans ses lettres comme un lieu de solitude et de rigueur. Les hivers parisiens sont rudes : elle porte des gants pour écrire et étudie souvent jusqu’à deux ou trois heures du matin afin de rattraper son retard en français scientifique. L’adresse actuelle porte toujours une plaque commémorative apposée en 1967 par la Ville de Paris.
À la Sorbonne, elle suit les cours du professeur Gabriel Lippmann à l’amphithéâtre situé rue Victor-Cousin. Elle assiste également aux démonstrations de chimie d’Henri Moissan, futur prix Nobel. C’est dans ces amphithéâtres bondés qu’elle rencontre Pierre Curie en mars 1894. Leur première rencontre a lieu lors d’une présentation sur les propriétés magnétiques des aciers. Pierre, alors âgé de trente-cinq ans, est impressionné par la rigueur intellectuelle de cette étudiante polonaise de vingt-six ans.
Le mariage civil est célébré le 26 juillet 1895 à la mairie de Sceaux, en banlieue parisienne. Aucun prêtre n’est invité, conformément aux convictions laïques du couple. Ils emménagent dans un modeste appartement au 24 rue de la Glacière. Cette union marque le début d’une collaboration scientifique exceptionnelle qui aboutira à la découverte du polonium et du radium. Marie conserve néanmoins des liens étroits avec la communauté polonaise de Paris tout au long de sa vie.
La Sorbonne : première femme docteure ès sciences
Le 25 juin 1903, Marie Curie soutient sa thèse de doctorat dans l’amphithéâtre Richelieu de la Sorbonne. Le sujet porte sur « Recherches sur les substances radioactives ». Le jury est présidé par Gabriel Lippmann et comprend Henri Moissan et Edmond Bouty. À trente-cinq ans, elle devient la première femme à obtenir le titre de docteur ès sciences physiques à l’Université de Paris. La soutenance se déroule devant une assistance nombreuse et marque une étape historique pour les femmes dans la science française.
Quelques mois plus tard, en décembre 1903, Marie Curie reçoit le prix Nobel de physique avec Pierre Curie et Henri Becquerel pour leurs travaux sur la radioactivité. Cette distinction internationale consacre son travail, mais la presse française s’intéresse davantage à son statut d’épouse qu’à ses propres contributions. Malgré cette reconnaissance, l’Académie des sciences refuse son élection en 1911, révélant les résistances persistantes à l’égard des femmes scientifiques.
Après la mort tragique de Pierre Curie le 19 avril 1906, Marie reprend seule l’enseignement à la Sorbonne. Le 5 novembre 1906, elle devient la première femme à y occuper une chaire de professeur titulaire. Ses cours sur la radioactivité attirent des étudiants du monde entier et posent les fondements d’une nouvelle discipline scientifique enseignée à Paris.
L’Institut du Radium : naissance d’une discipline scientifique
En 1914, l’Institut du Radium (aujourd’hui Institut Curie) est inauguré au 1 rue Pierre-et-Marie-Curie, dans le 5e arrondissement. Marie Curie y dirige le laboratoire de recherches sur la radioactivité. Le bâtiment, financé en partie par des dons américains, devient rapidement le centre mondial de l’étude du radium. Elle y reçoit le premier gramme de radium pur offert par les femmes américaines en mai 1921 lors d’une tournée aux États-Unis.
Pendant la Première Guerre mondiale, Marie Curie organise le service de radiologie militaire. Elle conçoit et équipe les « petites Curies », des voitures radiologiques mobiles qui permettent de localiser les éclats d’obus dans les hôpitaux de campagne. Entre 1914 et 1918, elle forme plus de cent cinquante infirmières à l’utilisation des rayons X et supervise la création de vingt stations radiologiques fixes.
En tant que directrice, Marie Curie impose des règles strictes de sécurité et de précision dans ses laboratoires. Elle refuse toute commercialisation de ses découvertes et préfère consacrer ses efforts à la recherche fondamentale et à la formation de jeunes scientifiques. Son bureau personnel, conservé aujourd’hui au musée Curie, témoigne de cette rigueur quotidienne et de son engagement total envers la science.
Le musée Curie (1, rue Pierre et Marie Curie) : visite pratique 2026

Le musée Curie se trouve au 1 rue Pierre-et-Marie-Curie, dans le 5e arrondissement, à deux pas du Panthéon. L’accès se fait par la station de métro Port-Royal (ligne 13) ou la gare RER B Luxembourg. En 2026, le musée est ouvert du mercredi au samedi de 13 h à 17 h. L’entrée est gratuite, mais la réservation en ligne est obligatoire en raison d’une jauge limitée à trente visiteurs par heure afin de préserver les collections sensibles.
Les collections comprennent le bureau reconstitué de Marie Curie, ses instruments de mesure originaux, ses carnets de laboratoire encore légèrement radioactifs et de nombreux objets personnels. Des panneaux explicatifs en français et en anglais retracent son parcours depuis Varsovie jusqu’au double prix Nobel. Des visites guidées thématiques sont proposées certains samedis après-midi sur réservation.
Le musée propose également un espace pédagogique consacré aux applications médicales du radium et à l’histoire des femmes dans les sciences. Des bornes interactives permettent de consulter des archives numérisées, notamment les lettres échangées avec sa fille Irène Joliot-Curie. Les visiteurs sont invités à respecter les consignes de sécurité liées à la radioactivité résiduelle des objets exposés.
Le Panthéon : une panthéonisation controversée
Marie Curie meurt le 4 juillet 1934 au sanatorium de Sancellemoz à Passy, en Haute-Savoie, des suites d’une anémie aplastique causée par une exposition prolongée aux radiations. Son corps est d’abord inhumé au cimetière de Sceaux aux côtés de Pierre Curie. Cinquante-huit ans plus tard, le 20 avril 1995, le président François Mitterrand décide de transférer leurs restes au Panthéon. Cette panthéonisation fait d’elle la première femme inhumée au Panthéon en son propre nom et non en tant qu’épouse.
La cérémonie de 1995 suscite des débats en Pologne, certains estimant que sa patrie d’origine aurait dû accueillir ses restes. Malgré ces discussions, la crypte du Panthéon accueille aujourd’hui les visiteurs qui peuvent voir la tombe de marbre noir portant les noms de Pierre et Marie Curie. L’accès à la crypte est payant (13 € en 2026) et s’effectue dans le cadre d’une visite guidée du monument.
La présence de Marie Curie au Panthéon symbolise la reconnaissance tardive de la France envers les femmes scientifiques. Des expositions temporaires organisées régulièrement dans la nef rappellent son parcours et celui d’autres grandes figures féminines des sciences. Le monument reste l’un des lieux les plus émouvants pour qui suit les pas de la physicienne polonaise.
Les lieux secondaires : appartements, plaques, rues
Outre les sites principaux, plusieurs adresses secondaires portent la mémoire de Marie Curie. Une plaque apposée au 4 rue Flatters rappelle sa première chambre parisienne de 1891. L’immeuble du quai de Béthune sur l’île Saint-Louis, où elle passa ses dernières années dans un certain isolement, porte également une plaque discrète. La rue Pierre-et-Marie-Curie, ancienne rue Vauquelin, traverse le campus historique de l’Institut Curie.
Le lycée Sévigné, situé boulevard Raspail, conserve des archives liées aux cours que Marie Curie y donna pendant la Première Guerre mondiale. Des billets de 500 francs à l’effigie du couple Curie ont circulé entre 1994 et 1998, popularisant leur image auprès du grand public. Le film « Radioactive » (2019) avec Rosamund Pike a également remis en lumière certains de ces lieux parisiens.
Des visites thématiques organisées par l’Office du tourisme de Paris permettent de relier ces adresses dispersées en un parcours cohérent. Des audioguides téléchargeables proposent des extraits de lettres et de carnets de laboratoire lus par des comédiens. Ces initiatives contribuent à rendre vivante la mémoire de la scientifique dans le tissu urbain parisien.
Marie Curie et la Pologne : un lien jamais rompu
Marie Curie effectue douze voyages en Pologne après son départ définitif en 1891. Elle y retourne notamment en 1913 pour inaugurer le laboratoire de radiologie de Varsovie et en 1932 pour l’ouverture de l’Institut du Radium de Varsovie — pour le patrimoine culturel féminin parisien, voir aussi le patrimoine culturel féminin de Paris, dont elle devient la marraine. Le polonium, élément qu’elle découvre en 1898, est nommé en hommage à sa patrie d’origine alors privée d’indépendance.
Elle veille à ce que ses filles Irène et Ève apprennent le polonais et entretiennent des liens avec leur famille maternelle. Le musée Marie Curie de Varsovie, situé au 16 ulica Freta dans le quartier de la Vieille Ville, conserve de nombreux objets personnels et documents familiaux. Ce musée complète parfaitement la visite des lieux parisiens.
À Paris, le Centre Copernic, autre vitrine de la culture polonaise à Paris, organise régulièrement des conférences sur l’héritage scientifique de Marie Curie. Des articles plus larges sur chronologie de l’histoire polonaise ou sur les émigrés polonais qui ont marqué Paris permettent de replacer son parcours dans un contexte plus large. Des portraits de les femmes polonaises contemporaines montrent également comment son exemple inspire encore aujourd’hui. Enfin, notre rubrique culture polonaise propose régulièrement des dossiers sur les liens scientifiques et culturels entre la France et la Pologne.
Itinéraire pratique : suivre les pas de Marie Curie en une journée
Un itinéraire complet peut être réalisé en une journée. Le matin, commencez par le musée Curie (réservation obligatoire), puis visitez l’Institut du Radium et la Sorbonne. Poursuivez par la rue Flatters où une plaque rappelle sa première chambre. Le déjeuner peut être pris dans un petit restaurant polonais de la rue Mouffetard, proposant des pierogi et des soupes traditionnelles.
L’après-midi, rendez-vous au Panthéon pour la visite de la crypte, puis descendez vers le quai de Béthune sur l’île Saint-Louis. Le budget total pour une personne, transports compris, s’élève environ à 25 € (billet Panthéon et café). Le RER B et la ligne 13 permettent de relier facilement tous ces sites. Des plans téléchargeables sont disponibles sur le site de l’Office du tourisme.
Le café « Warszawa » situé rue des Écoles propose une ambiance polonaise et des journaux en langue originale. Il constitue un lieu idéal pour terminer la journée en consultant des articles sur la présence polonaise à Paris. Cet itinéraire permet de saisir l’ampleur du parcours de Marie Curie entre rigueur scientifique et attachement à ses racines.
Questions fréquentes sur Marie Curie à Paris
Le Panthéon est-il accessible aux personnes à mobilité réduite ? Oui, une rampe permet d’accéder à la crypte, mais la visite guidée doit être réservée à l’avance pour bénéficier d’un parcours adapté.
Les carnets de laboratoire de Marie Curie sont-ils vraiment radioactifs ? Oui, certains carnets conservent une radioactivité résiduelle et sont stockés dans des boîtes de plomb au musée Curie ; ils ne sont visibles que derrière vitrine.
Doit-on réserver pour visiter le musée Curie en 2026 ? La réservation en ligne est obligatoire toute l’année en raison de la jauge limitée à trente visiteurs par heure.
Existe-t-il un film récent sur Marie Curie ? Le film « Radioactive » (2019) avec Rosamund Pike retrace sa vie et a été tourné en partie à Paris et à Varsovie.
Pourquoi Marie Curie a-t-elle nommé l’élément « polonium » ? Elle a choisi ce nom en hommage à la Pologne, sa patrie d’origine, qui n’existait plus alors en tant qu’État indépendant.